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© Inventer le Grand Paris

Session 1 : Représenter le Grand Paris contemporain

par Sonia Keravel

Nous verrons tout d’abord comment un photographe se confronte au territoire métropolitain parisien à travers deux expériences menées par Geoffroy Mathieu : un premier projet intitulé « Le principe de ruralité » qui documente les formes de la ruralité contemporaine dans l’agglomération parisienne ; un second projet « L’or des ruines » (les Regards du Grand Paris – année 4 -Atelier Médicis) qui s’appuie sur des rencontres avec des personnes pratiquant la cueillette. Cette intervention permettra d’évoquer la commande photographique des Regards du Grand Paris, piloté par des ateliers Médicis en coopération avec le CNAP.

Contrairement à Geoffroy Mathieu qui arpente seul la métropole parisienne, les Sismographes font oeuvre collective, et Raphaële Bertho et Emmanuelle Blanc nous parlerons de ce groupe de onze photographes qui parcourent la métropole du Grand Paris depuis 2017 et qui en proposent un récit visuel renouvelé. Laissant de côté la posture de l’auteur solitaire, ces photographes choisissent de travailler en communauté, à la recherche de cet « en commun » du grand parisien. Leurs déambulations urbaines et imaginaires ne suivent pas le tracé d’un itinéraire guidé par l’expertise des lieux ou l’inventaire des sites, elles se fient aux tremblements ressentis ensemble sur le terrain.

La préfiguration du Collège international de photographie du Grand Paris participe également à cet élan de projets visuels autour de la métropole. Michel Poivert présentera cette association qu’il a participé à fonder en octobre 2018 et qui développe des projets axés sur la conservation, l’expérimentation et la transmission des savoir-faire photographiques. Cette institution a la particularité d’être pensée en lien étroit avec le territoire dans lequel elle s’insère, c’est à dire le quartier d’Ivry-port à Ivry-sur-Seine, et son ancrage territorial se traduit par plusieurs actions : des commandes de création contemporaine ; des missions pour un futur conservatoire ; un laboratoire de recherche en art ; une université populaire.

Enfin nous terminerons la matinée avec un collectif franco-allemand qui permettra d’ouvrir la discussion à des pratiques hors du territoire national. Cécile Cuny présentera le Collectif Penser l’urbain par l’image, une association transdisciplinaire qui regroupe des anthropologues, des architectes, géographes, sociologues, urbanistes, et également photographes et artistes, pour explorer de manière expérimentale les potentialités du film et de la photographie dans la recherche urbaine. Ce positionnement sera illustré à partir de l’exploration des coulisses logistiques du Grand Paris.

Ces quatre interventions couvrent des territoires et des problématiques variés, développent des expériences différentes. Certaines font l’objet d’une commande de la part d’une institution tandis que d’autres non, mais il s’agit à chaque fois d’appréhender les métamorphoses urbaines à travers des arpentages, des itinéraires, des parcours mais également des regards d’habitants. On peut se demander si cet aspect mouvant et collectif n’est pas finalement ce qui pourrait caractériser le Grand Paris, un territoire qui ne peut pas s’incarner à travers un point de vue unique et qui doit nécessairement passer par une expérience partagée. Nous pourrons discuter de cette dimension de partage et de diversité de points de vue qui semble essentielle pour saisir le Grand Paris. Une autre question qui pourrait alimenter nos débats est celle de la réception de ces images par les aménageurs. Ont-ils connaissance de ces photographies ? Et si oui, par quels biais, dans quelles conditions et comment les reçoivent-ils ? La photographie peut-elle être dans ce contexte un outil d’aide à la décision ? Nous pourrons également discuter autour des méthodes de représentation du Grand Paris : plusieurs expériences ont recours à des pratiques d’enquête, nous pourront revenir sur ce terme et voir ce qu’il désigne et quelles pratiques il recouvre.