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© Inventer le Grand Paris

Les fonds photographiques des agences de paysage : un chantier de recherche pour le Grand Paris

par Sonia Keravel et Frédéric Pousin

Sonia Keravel est maîtresse de conférences à l’Ecole Nationale Supérieure de Paysage de Versailles. Au sein du Laboratoire de Recherche en Projet de paysage (LAREP), ses travaux de recherche portent sur l’histoire du paysagisme, les théories du projet de paysage et le rôle des représentations visuelles dans la pratique paysagiste. Elle fait partie du comité de rédaction de la revue européenne JoLA et elle prépare actuellement une habilitation à diriger des recherches sur les enjeux de la représentation photographique dans la pratique des paysagistes concepteurs.

 

Frédéric Pousin est architecte, directeur de recherche au CNRS au sein de l’UMR 3329 Architecture, Urbanisme, Société. Savoirs, Enseignement, Recherche (AUSser). Ses travaux portent sur les savoirs et les représentations qui fondent le domaine de l’architecture, de la ville et du paysage, leurs évolutions et transformations. Il a dirigé le projet de recherche financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR), Photographie et paysage : Savoirs, pratiques, projets (http://photopaysage.huma-num.fr/). Il contribue actuellement au programme de recherche collectif Inventer le Grand Paris. Histoire croisée des métropoles ( https://www.inventerlegrandparis.fr/). Il est rédacteur en chef des Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère (https://journals.openedition.org/craup/).


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A côté des grands fonds photographiques publics, la question des fonds d’agence privées est essentielle pour considérer le Grand Paris. Les agences de paysage, comme les agences d’architecture et d’urbanisme, documentent les projets qu’elles réalisent. Les images collectées à la suite de reportages sont classées et conservées pour constituer un fonds iconographique constitué de négatifs, de tirages papiers et de diapositives couleurs. Cette communication s’appuiera sur les fonds photographiques de quelques projets de paysage réalisés sur le territoire du Grand Paris. Nous décrirons la diversité et l’organisation de ces fonds et interrogerons les usages et les finalités qui motivent la production de ces images ainsi que les visions du Grand Paris qu’elles véhiculent.


Introduction

A côté des grands fonds photographiques publics, il existe des fonds d’agence privées qui donnent à voir la fabrique du Grand Paris.

Les agences de paysage, comme les agences d’architecture et d’urbanisme, documentent les projets qu’elles réalisent. Collectées à la suite de reportages, les images sont classées et conservées pour constituer un fonds iconographique de l’agence.  Ce fonds est d’abord une ressource à destination des acteurs de l’agence, qu’ils consultent au même titre que les autres sources documentaires (articles de presse, revues, bibliothèque). Il donne lieu ensuite à divers usages :  publications, communications enseignement.

Dès lors que l’on travaille plus précisément sur des agences particulières, on constate que la production photographique est plurielle. Les photographies peuvent être prises par le responsable de l’agence, par des collaborateurs, par des photographes professionnels. Suivant les auteurs, ce ne sont pas nécessairement les mêmes états d’un projet qui sont photographiés :   site initial, chantier, réception, retour 5 ou 10 ans plus tard. Les supports photographiques aussi peuvent varier. ll faut donc s’intéresser aux auteurs des images, au segment du projet concerné par la prise de vue et à la technique utilisée[1].

Pour cette communication, nous avons fait le choix d’agences et de paysagistes sur lesquels nous avions déjà travaillées, en sélectionnant des projets sur le territoire du Grand Paris.

En ce qui concerne Jacques Simon[2], nous avons retenu les projets de parcs sur lesquels il a réalisé un reportage photographique et qui  ont été publiés dans le numéro d’Aménagement des espaces libres intitulé Parcs actuels[3]

Pour L’agence de Jacques Sgard[4], nous avons sélectionné le parc André Malraux à Nanterre. Les projets de Gilles Clément[5] dans le Grand Paris ne sont pas très nombreux et le plus connu est le projet de l’axe Grande Arche Nanterre dont a résulté le parc du chemin de l’île.  les projets de L’agence deMichel Corajoud[6] sont en revanche nombreux et nous avons choisi de nous pencher sur le Parc du Sausset, situé à Villepinte en Seine Saint-Denis.

La fabrique hétérogène du visuel

On pourrait s’imaginer que le fonds photographique d’un concepteur ou d’une agence de paysagiste soit relativement homogène puisqu’il est relié à une production cohérente. Mais en fait ce n’est pas le cas, car un concepteur fait appel à une multiplicité d’opérateurs dont lui même,  il noue des relations privilégiées avec quelques auteurs photographes. De plus son fonds se recoupe avec celui des photographes mandatés ainsi qu’avec ceux de la maîtrise d’ouvrage, des éditeurs qui publient les projets. C’est ce que nous nous proposons de montrer  à travers deux exemples, le  Parc du chemin de l’ïle, de Gilles Clément associé à l’agence Mutabilis et le parc André Malraux de l’agence Jacques Sgard.

Parc du chemin de l’ïle, Gilles Clément

Invité par Paul Chemetov à participer au concours d’aménagement de l’axe Grande Arche Nanterre en 1994, Gilles Clément élabore un projet de paysage qui se caractérise par un ensemble d’hypothèses et constructions dans l’espace libre qui s’étend de l’Arche à la Seine.  (Voir Fig. 1) . C’est un projet qui dialogue avec les espaces ouverts existants dont le cimetière de Neuilly et de Puteaux, le Parc André Malraux, les espaces extérieurs des grands ensembles, des gares, etc…  Ce projet se traduit par plusieurs séquences d’aménagements paysagers :  les jardins de l’arche, la promenade,  la terrasse, la place du Conseil Général, et le parc au bord de la Seine.

Dans le fonds personnel de Gilles Clément sont conservées en version numérique les images du concours, les vues aériennes qui ont servi à documenter le projet, puis les images des jardins de l’arche à divers moments de leur réalisation qu’il a prises lui-même.  Ces images montrent la version réalisée des jardins de l’arche, très amoindrie par rapport au projet :  c’est une sorte de corridor qui accompagne la promenade haute. Gilles Clément  documente les usages qui prennent place dans ces jardins (Voir Fig. 2) .

Depuis les années 2000, ce sont des images numériques qui témoignent des visites de Gilles Clément. Comme pour tout son fonds personnel, les images sont classées par projet.

Plusieurs années après le rendu du concours, la décision a été prise de construire Le parc du chemin de l’île à Nanterre. Celui-ci a été réalisé en partenariat avec l’agence Mutabilis, qui a pris en charge la mise en œuvre du projet. Les images produites par l’agence ont été prises par des photographes différents, elles appartiennent à divers fonds.

L’agence Mutabilis présente des images du parc du Chemin de l’Ile sur son site. Une vue aérienne montre la seule image du  chantier du projet. D’autres images de provenances  diverses montrent le projet réalisé :

Les photos prises par l’agence documentent les réalisations paysagères : pontons, allées, végétaux et mobiliers (Voir Fig. 3) .

Des reportages photos ont été commandées à deux photographes plasticiens Hervé Abbadie et Marianne Féraille. Les images d’Hervé Abbadie s’attachent aux usages du parc, celles de Marianne Féraille, aux grilles et au mobilier. Le fonds de l’agence recoupe ainsi ceux des deux professionnels missionnés.

D’autres commandes photographiques viennent diversifier les fonds d’images se rapportant à ce projet.  En 2003,  le Conseil Général 92 a confié au photographe Alexandre Petzold,  le suivi la réalisation du parc du Chemin de l’île. Ce dernier  a notamment  proposé d’effectuer des reconductions de cadrages pour montrer l’évolution du chantier (Voir Fig. 4) .

En 2007, une mission complémentaire lui a été confiée  pour rendre compte des usages du parc ainsi que l’évolution des plantations. Ce travail  a été effectué avec un boîtier numérique  (Voir Fig. 5) .

Parc Malraux de Jacques Sgard.

Le parc André Malraux à Nanterre dans les Hauts-de-Seine est réalisé par le paysagiste Jacques Sgard pour l’Établissement Public d’Aménagement de la Défense. La réalisation de ce parc est échelonnée sur plus de 10 ans dans les années 1970-1980. Les photographies produites sur ce projet sont très nombreuses, non seulement parce que le projet a duré longtemps, mais aussi parce que les différents acteurs du projet ont chacun produit des images.

Et en premier lieu le maître d’ouvrage, l’établissement Paris La défense, ancienne EPAD, qui passe régulièrement commande à des photographes pour réaliser des reportages sur les projets en cours. Les vues aériennes sont nombreuses dans ce fonds. On trouve notamment beaucoup de vues du parc en cours de réalisation (Voir Fig. 6) . Ces vues permettent de bien saisir la relation du parc avec son environnement urbain et notamment avec le quartier de la Défense en chantier au même moment.

D’autres vues prises au sol montrent le site avant-projet : arbres et églises déjà présents aux abords immédiats du terrain. Tandis que des vues à hauteur d’homme illustrent la phase de chantier et montrent notamment les mouvements de terrain et les plantations.

Et, bien sûr, le parc est également photographié à sa livraison avec des images qui insistent toujours sur lien avec les quartiers alentours  (Voir Fig. 7) .

Ce rapide aperçu du fonds de l’EPL sur le parc André Malraux montre que les photographies sont assez variées et couvrent le temps long du projet.

Penchons-nous maintenant sur les diapositives couleur du concepteur. Jacques Sgard pratiquait beaucoup la photographie et était très attentif au cadrage et à la composition de l’image. Il passait rarement commande à des photographes  et réalisait lui-même les photographies de ses projets qui lui servaient, entre autre, de prises de notes pour les suivis de chantiers (Voir Fig. 8) .

Jacques Sgard utilisait aussi la photographie pour isoler des sujets ou zoomer sur des végétaux particuliers.Par exemple, l’image d’une marre dans le jardin de collection, réalisée plusieurs années après la livraison du parc, montre comment un milieu singulier s’est développé avec le temps. Elle informe sur le regard que pose le concepteur sur son projet.

De nombreux programmes de construction étaient prévus aux abords immédiats du terrain réservé au parc. L’école d’architecture conçue par Jacques Kalisz  et les tours de l’architecte Émile Aillaud ont vues le jour en même temps que le parc. Jacques Sgard a beaucoup travaillé avec les architectes dans un souci de lier les édifices au parc.

Les photographies prises à la livraison du projet, rendent compte de cette intention du paysagiste. Aujourd’hui,  ces images sont particulièrement intéressantes car les lieux ont été complétement bouleversés et le lien entre l’école d’architecture et le parc (Voir Fig. 9) a pour ainsi dire disparu.

Jacques Sgard revient régulièrement visiter ses projets et il photographie les usages qui se sont développés dans le parc. Il apprécie particulièrement ces images où l’on peut voir les usagers  (Voir Fig. 10) et les utiliser pour la communication de son agence, en les insérant dans son portfolio.

Des images du parc André Malraux ont été produites également par le paysagiste-photographe Jacques Simon (1929-2015) qui a réalisé d’innombrables reportages photographiques sur les réalisations de ses contemporains tout au long de sa carrière.

Une grande part de ces images a été publiée dans la revue Espaces-verts ou dans son supplément Aménagement des espaces libres dont il était tout à la fois propriétaire et rédacteur en chef[7]. C’est une autre vision du parc qui est véhiculée par ces images publiées. La publication  augmente  la complexité des fonds d’image relatives à ce projet puisqu’elle nous conduit dans les archives du paysagiste jacques Simon, enseignant aux cotés de J. Sgard à l’ENSP de Versailles[8].

Les photos du parc André Malraux ont été publiées en 1981 dans le numéro 13 d’aménagements des espaces libres, intitulé parcs actuels. Ce numéro de revue visait à faire connaître un petit nombre de projets de parcs jugés exemplaires et notamment leurs principes de réalisation. Les images ont été recadrées pour la publication. Simon privilégie les formats panoramiques qui autorisent la projection du spectateur dans l’image.  ll fait également volontiers usage de planches contact ou de séries photographiques qui décrivent différentes facettes d’un lieu. Le travail  post-photographique est important qui repose sur le montage du texte et de l’image ainsi que sur la mise en page (Voir Fig. 11) .

Dans le cas du Parc du Chemin de l’Ïle, les photographies du photographe Alexandre Petzold ont donné lieu seulement à une petite publication du service de communication du Conseil Général, diffusée le jour de l’inauguration (Voir Fig. 12) et plusieurs images de la campagne ont été utilisées pour l’illustration d’un ouvrage technique consacré aux eaux pluviales.

Lors de sa dernière visite du parc du chemin de l’ïle, Alexandre Petzold est tombé sur une exposition photographique sur les grilles du parc, consacrée aux deux bidonvilles de la rue de Prés qui s’étendaient sur l’emprise du parc jusqu’en 1968, année lors de laquelle Serge Santelli et Isabelle Herpin, alors étudiants en architecture,  ont consacré leur mémoire de diplôme à cette organisation sociale et spatiale.  les 350 photos qui documentaient ces bidonvilles ont été récemment déposées aux archives départementales de Nanterre et une version augmentée de leur diplôme a été éditée sous la forme d’un ouvrage intitulé  La rue des prés. Habiter un bidonville à Nanterre[9]. Le parc du Chemin de l’Ile s’est donc construit autour d’un équipement d’assainissement urbain qui s’implante sur un territoire chargé d’histoire, mais qui n’apparaît pas dans le projet. C’est un cas, somme toute fréquent, d’effacement d’une histoire sociale, comme l’a souligné Nathalie Roseau en introduction.   Le rendez-vous avec la mémoire des lieux a ici été manqué par le projet, mais les images retissent le fil.

Qu’appelle-t-on photographie ?

La production d’un document est subordonnée à une démarche photographique qui peut se révéler complexe. Comment cette démarche se matérialise-t-elle et quelles en sont les traces :  choix techniques, prises de vue, pratiques de terrains, usages des documents ? Quelles métadonnées associer au document ? Quels liens établir avec d’autres documents que le document photographique ? Il convient alors de considérer la cohorte de notes et de dessins, schémas, qui accompagnent la production d’un document  photographique.

Entre 1979 et 1999, Le photographe Gérard Dufresne a photographié à intervalles réguliers le parc du Sausset à Villepinte, en Seine-Saint-Denis, conçu par l’atelier Corajoud. Ces photographies étaient l’objet d’une commande passée par les concepteurs au photographe.

Les photographies de Gérard Dufresne sont des photographies d’auteur[10].

Il est très ami avec Michel Corajoud, il parcourt le site avec lui à de nombreuses reprises, et ses images, qui résultent de ces nombreux échanges, sont une forme de « précipités » du parti pris de conception.

Le parc est délibérément représenté comme un paysage de campagne où le travail du paysagiste relève davantage de la gestion forestière ou de l’agriculture que de l’horticulture (Voir Fig. 13) . L’horizon urbain perçu depuis le parc est très souvent présent dans les images du photographe. Cette notion d’horizon a été fondamentale pour Michel Corajoud qui définissait le paysage comme « l’endroit où le ciel et la terre se touchent[11] ». A travers ses photographies, Gérard Dufresne révèle les systèmes de points de vue vers le lointain qu’a conçu le paysagiste et montre l’importance de l’espace ouvert et l’interrelation des éléments du paysage entre eux.

Les photographies du parc du Sausset réalisées par Gérard Dufresne durant vingt ans, constituent un ensemble unique pour comprendre ce projet singulier qui a marqué plusieurs générations de paysagistes, mais aussi pour interroger les stratégies visuelles déployées par le photographe en collaboration avec les paysagistes pour saisir les transformations du parc dans la durée. Elles montrent à quel point ce qui accompagne l’image : la pratique de terrain et les échanges entre acteurs, sont essentiels pour interpréter la photographie[12].

La diversité des fonds : description et organisation.

Chez les concepteurs, les commanditaires, les entreprises, comment les fonds sont-ils organisés, suivant quels classements ? Matériellement comment les images sont-elles conservées ?

Les images sont constituées de diapositives, des tirages papiers, de négatifs, de contacts. Ces images sont dans des boîtes ou enveloppes, celles du laboratoire de développement, ou rangées dans des classeurs ou chemises, suite à un premier classement.

Quels usages ces classement autorisent-ils ensuite : conférences, cours, publications ?

Les diapositives de Jacques Sgard, par exemple, sont rangées dans des boites alignées sur des étagères, à côté des dossiers de transparents. Les boîtes portent le nom de types de projets :  aménagement, EDF, études paysagères, enseignement, friches, parcs et réalisations (Voir Fig. 14) .

A l’intérieur des boîtes le classement est fait par opérations. Le concepteur utilise ce fonds comme une photothèque. Il s’en sert essentiellement pour communiquer à travers le book de l’agence et pour  l’enseignement.

Jacques Sgard dit qu’il travaillait aussi avec des tirages papiers mais bien moins rangés donc moins accessibles. Aujourd’hui, il est passé aux images numériques.

Le fonds Corajoud n’est pas encore classé. On y trouve énormément de matériaux photographiques sans toujours bien savoir ni l’auteur, ni la date de prise de vue… pour le moment toute les archives de l’agence sont classées telles qu’elles l’étaient du temps où l’agence fonctionnait. Les dossiers des opérations sont regroupés par lieux dans les rayonnages des bibliothèques. Les matériaux ne sont pas toujours bien triés.

Parmi toutes ces images, les diapositives couleurs occupent une place centrale. Rangées dans des boîtes ou des classeurs, elles documentent toute l’œuvre de l’atelier (Voir Fig. 15) .

pour certaines opérations comme le parc du Sausset, des classeurs regroupent les diapositives rangées de manière chronologique.

Les diapositives sont parfois annotées et parfois renseignées par des pastilles de couleur. Souvent les diapositives marquées d’une couleur sont celles des publications ou les conférences.

Les fonds photographiques des agences sont aussi des fonds de revues. Il est intéressant de voir quelles sont les images d’un parc qui circulent, celles qui sont choises et valorisées. .

Le fonds de Jacques Simon est constitué majoritairement de négatifs noir et blancs produit lors des reportages qu’il effectuait sur les opérations qu’il visitait dans le cadre de son activité d’éditeur et lors de ses voyages à travers le monde.

Des bandes contacts gardent la trace des usages qui ont été faits des négatifs (Voir Fig. 16) .

A côté des négatifs,les diapos couleurs documentent une seconde période de l’activité de Jacques Simon, celle de ses interventions dans le paysage qu’il qualifiait d’articulture, à la manière des land artistes. Cette activité se déploie à partir des années 1990 et

des tirages couleurs  témoignent des évènements organisés par Simon.

A chaque forme d’activité correspond un support.

Enfin des plaques de photogravure témoignent de l’activité d’éditeur qu’il menait avec sa compagne, Lyn Simon-Chargueraud.

 

Conclusion : quelle vision du Grand Paris à travers ces fonds de paysagistes ?

Ces fonds représentent un matériau potentiel pour explorer des visions du Grand Paris à des époques différentes.  Ils renseignent sur des formes et des usages qui témoignent de l’évolution des programmes, de la vision des équipements d’assainissement,  de la nature en ville et d’une conception des loisirs.

Constitués autour de projets, ces fonds gardent la trace des différents acteurs qui interviennent. Ils permettent d’interroger les collaborations de ceux-ci. Entre photographes et concepteurs, on constate un partage de points de vue, une connivence qui va bien au-delà d’une simple commande. Les historiens d’art qui travaillent sur les collaborations architecte/photographes sont amené à évoquer des duos, celui de Le Corbusier et Lucien Hervé en étant un exemple fameux[13]. Michel Corajoud et Gérard Dufresne pourrait en être un équivalent dans le domaine du paysage. Ces connivences conduisent également à une porosité des pratiques. Ainsi Jacques Simon avait le projet d’ouvrir avec  Gérard Dufresne une agence photographique[14].

Comme on l’a vu les images de ces différents fonds appellent d’autres images : celles des maitrises d’ouvrage, celles des entreprises, qui offrent des points de vue différents, complémentaires. Celles des éditeurs qui renseignent sur la sélection des clichés pour diffuser, valoriser un projet à travers des images icônes. Ces fonds d’agences nécessitent donc d’être mis en relation avec d’autres fonds pour en comprendre la richesse et la particularité.

L’accès à ces fonds privés n’est pas toujours aisé tant que ceux-ci n’ont pas été déposés dans un fonds d’archives. Il faut en négocier l’accès, les conditions de travail n’y sont pas optimales. Les documents sont bruts, il faut en saisir la logique d’organisation, les outils de consultation, de reproduction manquent.

Il y a néanmoins un intérêt à notre sens à décrire ces fonds par des chercheurs qui ont une connaissance des pratiques d’agence. En ayant en tête ces pratiques  et en les contextualisant (Pratique des montages de contacts agrandis dans les années 1950-60, esthétique des planches contacts dans les années 1970 et 1980), on fait apparaître d’autres lien s entre les images, on repère des usages de celles-ci (enseignement, conférence, publication, etc..), on les inscrit dans un  processus de conception d’une  agence (images produites pour le diagnostic, la négociation avec les acteurs, etc….)

Il y a donc Intérêt de décrite les fonds avant archivage pour  garder une mémoire des usages.

Le classement par un archiviste réorganise le fond, et cela ouvre à d’autres pratiques notamment de recherche.

Figure 1 :

Paysage du Grand axe.
Photographie de Gilles Clément.

Figure 2 :

Les jardins de l’Arche.
Photographie de Gilles Clément.

Figure 3 :

Parc du Chemin de l’île.
Photographie de l’agence Mutabilis.
Source : https://mutabilis-paysage.com/

Figure 4 :

Parc du Chemin de l’île.
Photographie d’Alexandre Petzold.

Figure 5 :

Parc du Chemin de l’île.
Photographie d’Alexandre Petzold.

Figure 6 :

Parc André Malraux.
Source : Établissement Paris La Défense.

Figure 7 :

Parc André Malraux.
Source : Établissement Paris La Défense.

Figure 8 :

Parc André Malraux.
Photographie de Jacques Sgard.

Figure 9 :

Parc André Malraux.
Photographie de Jacques Sgard.

Figure 10 :

Parc André Malraux.
Photographie de Jacques Sgard.

Figure 11 :

Parcs actuels, Aménagement des espaces libres, 13, Ed. Jacques Simon, (1981).

Figure 12 :

Publication du service de communication du Conseil général des Hauts-de-Seine.
Photographies d’Alexandre Petzold.

Figure 13 :

Parc du Sausset, photographie de Gérard Dufresne, 1990.

Figure 14 :

Boîte de diapositives de Jacques Sgard.
Photographie de Sonia Keravel.

Figure 15 :

Rangements de diapositives dans l’agence Claire et Michel Corajoud.
Photographie de Sonia Keravel.
Source : Association L’atelier Michel Corajoud.

Figure 16 :

Planches contacts de Jacques Simon.
Photographie de Frédéric Pousin.