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© Inventer le Grand Paris

Les conventions de l’Architecture au prisme du dispositif du Grand Paris

by Guillaume Duranel

Guillaume Duranel est architecte, doctorant au LET-LAVUE. Après une année au DPEA recherche en Architecture, il s’inscrit en thèse sous la direction de Jodelle Zetlaoui-Léger et avec Isabelle Grudet comme co-encadrante. Il est Maitre de conférences associé à l’ENSA La Villette. Il fonde également une agence d’architecture et d’urbanisme en 2018.


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Ce travail de thèse, en mobilisant les concepts de « monde » et de « champ », a proposé d’aborder les équipes sollicitées par l’État lors de la Consultation International du Grand Pari de l’agglomération parisienne et à l’Atelier International du Grand Paris comme des « structures d’action collective » afin d’analyser les interactions qui s’y tissent entre les milieux professionnels et de la recherche. Nous faisons le constat que les architectes, par leur capacité à produire des discours aux apparences performatives, ont contribué à rendre légitime l’action étatique en Île-de-France. Cette proximité avec le pouvoir présidentiel a pérennisé des figures canoniques de l’architecte comme « chef d’orchestre » ou « homme de synthèse ». L’association obligatoire de chercheurs dans ces équipes a par ailleurs eu comme objectif secondaire de valorisation des pratiques de recherche qui favorisent une plus grande proximité avec le « monde » professionnel ainsi qu’une visée opérationnelle. En analysant les équipes comme des « structures d’action collective », ce travail contribue à identifier les « conventions » qui ont guidé ces collaborations : la primauté du canal visuel dans la formulation de la pensée, l’ambition de réaliser une synthèse des propos par un projet spatial ou encore la monstration d’artefacts architecturaux comme moyen de démontrer le bienfondé d’une stratégie territoriale. La thèse aboutit au constat que les « conventions » venant du « monde » de l’Architecture ont eu tendance à s’imposer face à celles provenant d’autres disciplines.


Introduction

Mon travail porte sur la consultation internationale du Grand Paris (CIGP) de 2008 et sur l’atelier international du Grand Paris (AIGP), qui continue de faire travailler ses équipes (rejointes par cinq autres en 2012) jusqu’en 2016. Je me suis intéressé à cette période de 2008 à 2016 comme un moment particulier de l’histoire de l’aménagement francilien lors duquel l’État, menant plusieurs actions pour peser dans les choix d’aménagement en Île-de-France, sollicite des équipes pluridisciplinaires composées de praticiens, de chercheurs et de bureaux d’études placés sous mandat d’un architecte.

Ces équipes, bien qu’intégrant des professionnels habituellement sollicités pour penser à l’aménagement de l’espace ou à l’aménagement du territoire, n’avaient pas pour mission de produire un projet pour l’Île-de-France, mais un « diagnostic prospectif », terme utilisé dans les dossiers de présentation de la consultation en 2008[1]. Un diagnostic prospectif qui devait se situer en amont de la prise de décision et donc en amont de l’action. Cette situation singulière m’a intéressé dans le cadre de ma thèse car elle me semblait susceptible de révéler des pratiques d’architectes par rapport à deux sujets : d’une part la question de l’aménagement du territoire, d’autre part celle de la production de connaissances sur la ville.

En prenant place dans les années 2000, au moment où le doctorat en architecture est en train de s’institutionnaliser, il me semblait possible que des débats sur le rapport entre activité de projet et activité de production de connaissances puissent se rejouer dans cette consultation. Dans mon travail de thèse, qui sera bientôt soutenu, je cherche à comprendre comment ces professionnels et ces chercheurs étaient mobilisés par rapport à l’ensemble des actions menées par l’État, autour de quelles compétences, et comment les collaborations s’étaient mises en place, en utilisant notamment les concepts de «champ » et de « dispositif ». Par ailleurs, en mobilisant le concept de « monde » d’Howard Becker, j’analyse comment se sont déroulées les collaborations dans l’ensemble de ces équipes et comment leurs travaux qui connaissaient une large diffusion étaient susceptibles de nous informer sur les relations entre les mondes professionnels qui se sont rencontrés à cette occasion. Je me suis plus particulièrement attardé sur l’analyse des conventions qui ont régi ces collaborations. Cette approche s’est révélée particulièrement efficace pour dévoiler les systèmes de valeurs sous-jacents aux actions collectives de ces équipes. Pour e faire, je me suis appuyé sur l’article d’Howard Becker , Art as a collective action[2], et sur la théorie de l‘économie des conventions[3], et particulièrement sur règles, conventions et valeurs.

Ce travail a tenté de vérifier deux hypothèses principales. L’une portant davantage sur le concept de « champ » consiste à dire que la mobilisation par l’État de ces équipes dirigées par des architectes de renom avait articulé un enjeu communicationnel propre aux projets présidentiels, mais aussi un enjeu de valorisation de certaines pratiques de la production de connaissances sur la ville. L’autre hypothèse porte davantage sur la notion de « monde » et avance que le rôle de mandataire donné à un architecte de renom contribue probablement à renforcer l’idée que ces professionnels avaient des qualités particulières pour occuper cette position. La consultation de 2008 constituerait un appel à compétence, toujours dans la perspective beckerienne, qui leur serait favorable et qui ferait référence à la figure de l’architecte ou de l’urbaniste comme « chef d’orchestre »[4] au sein des mondes de la fabrication de la Ville.

 

Mon corpus se constitue de trois matériaux. En premier lieu, l’analyse des documents d’archives portant sur la consultation de 2008 et sur l’AIGP. En second lieu, de deux années d’observation participante au sein de l’AIGP en 2014 et 2015. À cette époque, Bertrand Lemoine quitte l’institution qui se retrouve momentanément sans directeur, puis Mireille Ferri (professeure associée en aménagement et en urbanisme à La Sorbonne et vice-présidente de l’IAU, et précédemment élu à la Région Île-de-France en charge du SDRIF) reprend la direction de l’AIGP. Enfin d’une série d’entretiens réalisés avec une quarantaine de personnes, membres des équipes, qui travaillaient à l’AIGP ou qui étaient à l’origine de la consultation de 2008, notamment au Bureau de la Recherche Architecturale Urbaine et Paysagère (BRAUP) et au ministère de la Culture.

 

Le « dispositif » du Grand Paris

Pour revenir très rapidement sur la question de la mobilisation du concept de « dispositif » et de « champ » dans la cadre de la CIGP, selon moi cette consultation est un moment de rencontre de deux opportunités, d’une part celle de mobiliser des architectes de renom pour contribuer à rendre légitime l’action du président face au projet porté par la Région, mais d’autre part le BRAUP, dans le prolongement de ses recherches sur l’architecture de la grande échelle, y voit le moyen de démontrer qu’il était possible d’articuler production de connaissances et projets dans ce qu’il appelle un « diagnostic prospectif ». Le BRAUP avait donc deux objectifs à ce moment-là, contribuer à renforcer l’architecture en tant que discipline scientifique mais aussi contribuer au rapprochement du monde de la recherche et du monde des professionnels.

Lorsque l’on analyse le texte de l’appel d’offre de 2008, les deux termes – recherche et action – sont toujours mis en opposition ou du moins en tension. On peut y lire que la performativité des savoirs qui sont produits par ces équipes en fait leur valeur, et que finalement les connaissances produites doivent servir les actions subséquentes. Finalement, la légitimité de la consultation, mais aussi de l’AIPG, semble être conditionnée durant ces huit années par le fait que ces travaux puissent servir des projets.

Néanmoins, les équipes sont apparues comme dévolues à la production de discours, d’images, voire de connaissances sur cette métropole parisienne, tandis que le secrétariat d’État en charge du développement de la région capital[5] était beaucoup plus apte à rendre opérationnel ses actions, notamment avec la rédaction de lois lui permettant d’organiser la transformation du territoire. S’est donc mis en place une forme de hiérarchie entre tous ces instruments créés  par différents organes de l’État, avec d’une part le secrétariat d’État capable de passer à l’action tandis que les équipes mobilisées étaient cantonnées à la sphère du logos. D’ailleurs, cette distinction se renforce en juin 2010 lorsque la Société Grand Paris (SGP) est créée pour une mission opérationnelle (essentiellement relative aux transports et à l’aménagement des quartiers de gares) alors que les équipes rejoignent le conseil scientifique de l’AIGP, qui a davantage une mission d’animation du débat public en prolongement de la consultation.

S’instaure un transfert de capital symbolique entre la consultation de 2008 et le secrétariat d’État, ainsi qu’un flou entre toutes ces initiatives. Par ce mécanisme, les équipes, bien que critiques vis-à-vis du projet étatique contribuent à le rendre légitime malgré elles.

 

Après avoir décrit le dispositif dans lequel les équipes agissent à partir de 2008, j’aborde le fonctionnement des équipes dans une approche beckerienne. Ce cadre d’analyse me pousse à observer la manière dont la répartition des tâches au sein des équipes produit des formes de hiérarchie entre les membres des équipes ; ainsi que la manière dont les conventions ont permis ces actions collectives. Je fais notamment le constat que  les conventions issues du monde de l’architecture s’imposent dans les autres mondes.

 

Les équipes, des structures d’actions collectives

Pour Howard Becker, les conventions sont des normes d’usage qui émergent durant des collaborations de longue durée et se construisent progressivement. Elles forment des schémas conventionnels qui peuvent être très difficiles à questionner quand les membres de ces structures d’actions collectives les ont complètement intégrés, et finissent par sembler naturels alors qu’ils pourraient être très différents. Néanmoins lorsque un individu, qui n’a pas l’habitude de collaborer avec le groupe, arrive avec ses propres schémas conventionnels des conflits apparaissent. Dans L’économie des conventions ces schémas conventionnels sont présentés comme des dispositifs cognitifs collectifs qui permettent de rationaliser la prise de décision en groupe.

En analysant le fonctionnement des équipes on voit que le rôle de mandataire donné à un architecte de renom a induit une hiérarchisation très forte au sein des équipes. Le mandataire fixe le planning des réunions, les organise dans son agence en général ou bien dans des lieux qui sont chargés – au point que certaines équipes en sont venues à rechercher des lieux plus neutres pour pouvoir travailler de manière plus sereine – il organise aussi la circulation des informations, organise des réunions plénières où il est le seul à détenir toutes les informations et donc en capacité de faire une synthèse. Les mandataires sont généralement des hommes, plutôt âgés, et portent la parole du groupement. Ils le font de deux manières, en pilotant la rédaction des rapports, ou en tout cas la compilation des rapports, et en prenant la parole publiquement. Or cette prise de parole est parfois vécue comme une accaparation de la parole qui passe aussi par des postures et des attitudes physiques. Des personnes ayant un ascendant très fort ont laissé peu de place aux autres membres des équipes, notamment aux chefs de projets, généralement plus jeune et souvent des femmes. Se mêlent ici plusieurs problématiques de cohabitation qui peuvent être vécues comme violentes[6]. Les jeunes travaillent dans l’ombre, n’ont plus accès à la parole alors qu’ils fournissent une très grande partie du travail et produisent des rapports qu’ils ne présenteront jamais. L’analyse de la constitution des équipes fait apparaitre des profils hybrides de personnes situées entre le monde de l’architecture et le monde des unités de recherche. Ces personnes se présentent  comme des traducteurs ou des passeurs faisant le lien entre ces deux mondes. Se posent alors rapidement des questions de vocabulaire commun, nécessaire à l’échange. Généralement on constate que c’est l’architecte mandataire qui imposait son vocabulaire aux chercheurs, et finalement ces passeurs/traducteurs ont plutôt joué un rôle d’ambassadeurs des agences d’architecture dans les unités de recherche, dans un échange assez unidirectionnel.

Par ailleurs, dans ce processus de travail s’instaure aussi une hiérarchie forte entre la production de textes et la production d’images, ces dernières ayant été fortement supervisées par les mandataires, tandis que les textes ont eu tendance à être produits à l’extérieur des agences.

 

Construction de la pensée à partir du canal visuel

L’externalisation de la production des textes montre une différence de valeur et de capacité communicante accordées aux productions au bénéfice de l’image. L’importance donnée par les architectes aux images s’exprime également dans la manière dont elles sont utilisées pour formuler et exprimer la pensée des équipes, provoquant un certain malaise pour les chercheurs. L’exemple du groupement Descartes illustre cette différence de conventions.  Jean Marc Offner[7], membre de ce groupement en 2008 réalise un exposée interne sur les questions de gouvernance. Ses propos sont ensuite retranscrits par une carte de vingt villes. Une chercheuse membre du groupement nous explique :

 

« [Jean Marc] Offner avait fait une présentation compliquée sur la gouvernance, et Yves Lion[8], qui a un art de la synthèse, a dit « Oui, en fait, la bonne échelle, c’est 250 000 habitants, donc il faudrait faire 20 villes ». Et la semaine d’après, il y avait le dessin des 20 villes. Et Offner, il disait « Non ! Non ! J’ai pas dit ça ! Pas si vite ! ». Et le dessin allait toujours très vite. Et pareil, l’histoire de la forêt. Avec les moins 2° C, donc ils avaient utilisé le modèle de Météo France. Et je me souviens le jour où la perspective de la forêt était arrivée, Offner a dit « Non, mais attendez, vous ne pouvez pas faire ça. »[9] Il était scotché par la rapidité à laquelle le raisonnement devenait une image. »[10]

 

L’image spatialisée se présente comme un outil pour synthétiser une pensée complexe et semble corroborer l’idée que la pensée en architecture passe par des mécanismes de visualisation. Cela rejoint la théorie de Jean-Pierre Chupin sur la notion d’analogie[11] ou avant lui celle de Philippe Boudon sur la métaphore[12].

L’analyse de la production des images de quelques équipes, permet de constater l’existence d’une convention selon laquelle  dessin d’espaces architecturaux devrait être la synthèse de la pensée. Le rôle de l’architecte serait de produire des images de ce types, et corobore une représentation de l’architecte comme l’homme de l’art. Ces représentations graphiques se veulent facilement compréhensible d’un seul coup d’œil. Avec ces productions, les architectes cherchent à produire ce qu’il nomme des « visions » et  se posent en critiques d’une planification jugée trop technicienne. Ces images auraient aussi eu pour rôle d’alimenter le discours des élus, en l’occurrence Nicolas Sarkozy. Les mandataires cherchaient à les faire passer dans les médias, mais aussi à retenir l’attention du président. Dans un entretien, Antoine Grumbach explique que Nicolas Sarkozy s’est beaucoup attardé sur l’image Paris-Rouen-Le Havre, et c’est pour lui un vrai succès que d’avoir réussi à peser ainsi dans un discours présidentiel :

 

« J’étais le seul à avoir un projet qui sortait un tout petit peu du « on va faire des beaux logements, etc. ». Donc, j’ai été très soutenu par la presse et les magazines et les revues qui voulaient parler de tout ça pendant qu’on faisait les études, et ils mettaient mes dessins. Et puis, il y a eu l’expo, et puis ça a continué. C’est-à-dire que les gens comprenaient mon projet et ils ne comprenaient pas forcément les autres. Et à la grande surprise de tout un tas de gens, lorsque que Sarkozy est venu, il a dit dans un discours : « Et le grand projet que je veux porter, qui me paraît très intéressant, etc., c’est le projet de l’équipe d’Antoine Grumbach. » […] Le Président de la République s’est particulièrement intéressé à ces images. »[13]

 

Trames narratives et mise en scène de la performativité des propos

Une seconde idée émerge dès 2008, et sera reprise par l’AIGP, selon laquelle il serait nécessaire d’agir sur une « identité métropolitaine ». Cet effort passait par la production de «  récits métropolitains ». L’une des équipe de l’AIGP propose ainsi un livrable  intitulé La légende du Grand Paris ou comment Paris devenu grand[14]. Ce document réalisé par l’équipe STAR + MONU, reprend ouvertement le genre du conte et construit une trame narrative pour étayer son propos. Cet usage de trames narratives assume les ruptures logiques dans le raisonnement. Il assume le fait que l’on puisse prendre de la distance avec une approche rationnelle pour produire sur l’espace francilien des discours avec un objectif de séduction.

Par ailleurs certaines équipes font le choix de constituer des trames narratives comme des méthodes élaborées de production et d’expression de la pensée du groupement. C’est le cas du travail de scénarisation de l’agence TVK qui en fait une démarche approfondie et pas seulement pour des objectifs communicationnels.

On observe, dans cette production d’images pour illustrer une stratégie territoriale, l’usage privilégié de la vue en perspective plutôt que celui du plan. Ces représentations immersives insistent sur les  dispositions spatiales des propositions. L’usage de montage  avant/après soutient des récits performatifs en mettant en scène des actions spatialisées. Le simple fait de montrer un bâtiment construit a valeur de démonstration du bien-fondé de la stratégie globale du projet. L’exemple des photos montages produits par le groupement FGPA+TER[15] illustre cet usage. Philippe Gazeau explique que certaines de ses images ont été produites non pas pour l’AIGP mais dans le but d’illustrer un article dans un journal grand public.

La production de l’AIGP ne se fait pas uniquement dans le cadre de la consultation mais aussi dans celui de sa médiatisation et de sa diffusion auprès du grand public. Les architectes reprenaient des savoir-faire comme la perspective de concours qui sont des outils couramment employés dans le cadre du travail d’agence et jugés efficaces en terme de persuasion.

 

Conventions scientifiques et l’activité de projet

Enfin certaines  conventions issues de la production de connaissances ont été mobilisées pour mettre en scène les propos des groupements. C’est notamment le cas avec l’équipe MVRDV associé à l’agence  AAF et au laboratoir ACS. Lorsqu’on analyse la production de cette équipe durant l’année 2008, on constate que le « city calculator », un outil statistique supposé calculer de manière objective les performances d’une métropole et proposer des améliorations, n’apparaît que durant le dernier mois de production, après avoir plusieurs fois changé de nom et de mode de présentation. La mise en page finale des productions du groupement utilise les codes de la cartographie statistique pour permet de mettre en scène à posteriori des propos préexistants.

Mais d’autres équipes, notamment à l’AIGP, mettent en place de démarches d’investigation du territoire à partir de la cartographie statistique de manières plus poussée. L’équipe Brès et Mariolle par exemple réalise une investigation minutieuse des relations entre les services et les lieux de vie. Elle présente une cartographie faite à partir de SIG (système d’information géographique) et expose clairement la démarche dans son rapport. Néanmoins, la question de l’esthétique de l’image n’est pas absente. Dans un entretien, Antoine Brès détaille le processus d’élaboration de ces images « bricolées » à partir d’un premier dessin fait à la main et calculées ensuite. Il insiste sur la nécessité de produire d’abord des images relativement claires et séduisantes pour pouvoir ensuite les faire calculer. Ces qualité graphiques sont pour lui importante afin d’assurer que ces images vont être reçue correctement et ainsi pouvoir soutenir des actions sur le territoire. La démarche de production de connaissances s’hybride avec les outils et les objectifs de l’activité de projet.

Pour finir sur la question des rapports entre production de connaissances, ma thèse se conclut par l’analyse de deux ouvrages produits en marge de l’AIGP, l’ouvrage de Paola Viganò Les territoires de l’urbanisme[16], et celui de David Mangin – Paris / Babel, une mégapole européenne[17]. Dans cet ouvrage, David Mangin tente de faire part des résultats de travaux menés avec ses étudiants, mais il essaie aussi de diffuser des outils pour aborder et décrire les territoires ainsi que  pour agir sur leurs transformations. Ces deux ouvrages partagent l’idée que  des outils habituellement destinés à concevoir des espaces peuvent être utilisés dans une démarche de production de connaissances. Notre analyse montre que ces outils procurent aux connaissances produites une inclination à agir.

Dans son livre, David Mangin propose une analyse assez vaste de l’agglomération parisienne à partir de très nombreuses entrées différentes. La fin de l’ouvrage a un caractère plus prescriptif et définis des types d’actions qui devraient être menées. La mise en scène de l’action est importante dans l’ouvrage de David Mangin. Les pages 286 et 287 de ce livre présent des images extraites d’un film produit pour l’AIGP[18]. Cette double page montre sur la page de gauche des diagrammes analytiques et sur la page de droite des actions à réaliser pour « résoudre » les problèmes de la métropole parisienne. Tous ces dessins sont réalisés à la main. Lorsque le propos devient prescriptif, la main de l’auteur entre dans l’image au point d’en occulter le contenu. La pensée reste donc fondamentalement attachée à la main de l’auteur qui la produite donnant parfois une dimension doctrinale au propos élaborés.

 

La mise en valeur de l’action, une convention de l’architecture qui s’impose

L’analyse du fonctionnement des équipes sollicitées par le BRAUP et au sein de l’AIGP nous a permis d’analyser les systèmes de valeurs sous-jacent aux actions collectives qui sont menées. Les conventions issues du monde de l’architecture semblent s’être davantage imposées dans les groupements. Nous avons notamment noté l’importance du canal visuel dans la construction de la pensée. La représentation de transformations spatiales à l’échelle du bâtiment servait de moyen pour démontrer le bienfondé d’une action territoriale.

Nous avons également vu que des conventions scientifiques et des conventions propres à l’activité de projet se rencontraient dans certains travaux que nous avons analysés. Nous observons donc un changement sur la relation entre activité de recherche en architecture et activité de projet. Si les années 2000 marquées par l’institutionnalisation du doctorat en architecture sont marqués par un débat sur la place des outils de projet dans la recherche scientifique en architecture, les travaux des équipes tendent davantage à véhiculer l’idée que l’emploi des outils propres au projet fait la valeur des connaissances produites dans ce contexte spécifique d’une commande étatique.