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© Inventer le Grand Paris

Introduction de la matinée

par Alessandro Panzeri

Bonjour à toutes et à tous,

 

Je suis heureux de présenter et de modérer aujourd’hui cette matinée consacrée aux études de jeunes docteurs (ou presque, l’un d’entre eux le sera sans doute très prochainement) sur le Grand Paris contemporain et plus précisément sur la CIGP de 2008/2009. Cet acronyme abscons pour le grand public, mais très parlant pour les initiés, sous-tend la Consultation internationale du Grand Paris ou, selon sa dénomination ministérielle : « Le grand pari (minuscule et sans S) de l’agglomération parisienne. Consultation internationale pour l’avenir du Paris métropolitain », comme il est inscrit dans le dossier officiel de la consultation. Dix ans se sont écoulés depuis la fin de cet événement qui a su capturer l’attention non seulement de la presse spécialisée, mais aussi de nombreux médias internationaux. Cet événement a donc été une vitrine internationale puissante pour la métropole parisienne, dans l’idée de promouvoir un foyer de réflexion et d’innovation pour la fabrique métropolitaine.

La nature de la CIGP

Nous devons tout d’abord apporter un éclairage sur la nature de la CIGP.

L’idée d’une consultation internationale sur les questions métropolitaines a rencontré les questionnements à l’œuvre au sein du bureau de la recherche architecturale, urbaine et paysagère (BRAUP) du Ministère de la Culture, dirigé à l’époque par Éric Lengereau. Un programme de recherche sur L’architecture de la grande échelle (AGE) avait été lancé par le BRAUP en 2006-2007 et plusieurs séminaires de recherche avaient exploré le sujet du réaménagement du territoire de la métropole parisienne. Courant 2007, Eric Lengereau a proposé au Ministère de la Culture un projet de recherche plus étendu, piloté par le BRAUP, qui interrogerait plus en profondeur le cas de l’agglomération parisienne afin de faire émerger le potentiel de mutation de cette métropole. Le président Sarkozy, fraichement élu et désireux de marquer son quinquennat par un geste éclatant, s’est saisi de cette idée et a appuyé le lancement de la consultation.

 

Le BRAUP, quant à lui, a été chargé de préciser l’idée générale de la consultation, a établi les règles, les thèmes à aborder et a rédigé par la suite le document de présentation. Un Comité de pilotage a été donc mise en place, ainsi qu’un Conseil scientifique, constitué d’experts internationaux dans le milieu de la recherche scientifique et de l’aménagement du territoire, qui a eu la fonction d’orienter, par le biais de séminaires de coordination, les propositions engagées par les dix équipes sélectionnées. Comme le document de présentation de la CIGP l’établit, les équipes devaient être « pluridisciplinaires », afin d’établir des « projets de recherche et développement », toutefois, dirigées par un « architecte-urbaniste mandataire ».

L’étude s’est ensuite divisée en deux chantiers principaux que toutes les équipes ont du développer : le premier a été dédié à une analyse de la métropole par le filtre des principes du développement durable (La métropole du XXIème siècle de l’après- Kyoto), qui ont été jugés « prioritaires » par le BRAUP, le second a fait émerger une «pensée territoriale» par les «dimensions spatiales» de la métropole contemporaine (Le diagnostic prospectif de l’agglomération parisienne).

Un revirement dans la logique de la consultation s’est produit avec la nomination de Christian Blanc au poste de Secrétaire d’État au Développement de la Région Capitale. Quels ont été les enjeux de cette nomination ? Comme le Président lui-même l’a précisé dans sa lettre officielle de mandature au nouveau secrétaire, Christian Blanc devra participer activement au déroulement de la consultation pour dégager des résultats fournis par les équipes une base théorique sur laquelle « asseoir » le futur projet de réaménagement de la métropole.

 

La CIGP s’est conclue en avril 2009 par l’exposition « Le Grand Pari(s) de l’agglomération parisienne» qui s’est tenue à la Cité de l’architecture et du patrimoine, du 30 avril au 22 novembre 2009, et qui a présenté au grand public une synthèse des résultats des études menées par les dix équipes.

À l’issue de cet événement médiatique, il a été décidé par le Secrétariat d’État au Développement de la Région Capitale de constituer l’Atelier International du Grand Paris (AIGP) en février 2010 et de désigner comme directeur général Bertrand Lemoine. Les dix équipes de la CIGP sont devenus à ce moment les membres du Conseil scientifique de l’AIGP afin de mutualiser les résultats obtenus pas chacune des équipes pour aboutir à un projet commun pour le développement de la future métropole parisienne.

 

Pourquoi étudier la CIGP ?

À dix ans de distance de cette consultation, il est important de commencer à étudier la CIGP de 2008-2009 comme un corpus de réflexions théoriques et d’outils de représentation sur la métropole, parisienne et internationale, du futur. Bien que dix ans ne soient peut-être pas suffisants pour une distance critique nécessaire à l’histoire, il est important de constituer des jalons et des éléments de comparaison qui permettent d’analyser avec un regard scientifique les événements d’une histoire proche. Ainsi, l’inscription dans l’histoire longue des réflexions internationales sur l’échelle métropolitaine, de l’aménagement d’un territoire urbanisé, de la représentation du territoire métropolitain pourra faire émerger non pas seulement les permanences et le retour d’anciens modèles sous de nouvelles formes, mais aussi la limite des nouvelles perspectives qui émergent dans la fabrique métropolitaine.

 

Quelles recherches ont été déjà menées sur la CIGP ?

En dépit de cette relative proximité temporelle, plusieurs recherches ont déjà été menées sur la Consultation du Grand Paris. Si nous analysons les données des plateformes dédiées aux recherches doctorales (SUDOC et Theses.fr), nous pouvons compter une dizaine de thèses en France et à l’étranger (soutenues ou en cours) et de nombreux articles scientifiques qui traitent de la consultation du Grand Paris.

Afin d’éclaircir le panorama des recherches sur la CIGP, en guise d’un état des savoirs pour cette séance, il est utile d’opérer à ce point une distinction entre les études qui ont été menées pendant la CIGP (qui ont suivi cet événement de près), celles qui ont été en parallèle de la CIGP (en opposition ou en complément) et celles qui ont été conduites sur la CIGP (a posteriori, à consultation terminée et de nature analytique).

Ainsi, nous pouvons trouver parmi les études qui ont été menées pendant, l’expérience pédagogique de l’Observatoire du Grand Paris, séminaire d’études de master dirigée par Alessia de Biase et qui s’est déroulé pendant deux ans avec les élèves de l’ENSA de Paris Belleville (auquel j’ai directement participé pendant mes études) et qui a donné lieu à 9 mémoires de master ; mais également certains recueil de témoignages de la consultation comme le livre Le Grand Paris : les coulisses de la consultation de Michèle Leloup (2009) ou le film Contes et légendes du Grand Paris de Françoise Arnold (2011).

Pour les études qui ont été menées en parallèle, nous pouvons trouver à la fois des propositions alternatives, comme est le cas pour le Paris métropole. Formes et échelles du Grand-Paris de Philippe Panerai (2008), des mises en perspective historique, comme est le cas du Paris, métropole hors les murs. Aménager et gouverner un Grand Paris de Frédéric Gilli et Jean-Marc Offner (2009), et des contrepoints critiques, comme dans Le Grand Paris : premier conflit né de la décentralisation de Marc Wiel (2010).

Pour aller maintenant vers des recherches conduites dans le milieu scientifique, nous allons aborder la dernière catégorie qui concerne les études sur la CIGP.

Sans compter les travaux de recherche qui seront présentés dans cette matinée, nous pouvons mettre au moins l’accent sur deux autres études : la thèse du géographe Adrien Gey sur L’évolution des rapports ville nature dans la pensée et la pratique aménagistes (2013), qui a comme cas d’étude la CIGP, et l’ouvrage The Making of Grand Paris. Metropolitan Urbanism in the Twenty-First Century de Theresa Enright (2016, issu de son PhD aux États Unis) sur le montage économique et politique de la consultation et de l’après consultation, exemplifié dans le cas du Grand Paris Express.

En consultant la plateforme Archirès, qui réunit les bases de données des bibliothèques des ENSA les écoles d’architecture de France, je me suis rendu compte d’un intérêt croissant des étudiants de master et de leurs enseignants pour la CIGP et les effets qu’elle a eu sur la métropole parisienne. Cela témoigne à la fois d’une prise de conscience par le milieu de l’enseignement supérieur de l’importance d’étudier ce corpus et de le mettre en perspective avec les effets que la consultation a eus sur l’aménagement de la métropole physique. Est-ce le cas dans les autres disciplines ? J’ai hâte d’entendre les collègues apporter leurs lumières à ce propos.

La matinée : pourquoi avoir réuni ces jeunes chercheurs ?

Dans cette matinée, nous avons réuni des jeunes chercheurs de plusieurs disciplines (architecture, urbanisme et sciences politiques) qui ont travaillé sur la consultation. La première session sur « le moment de la consultation » mettra en évidence les questions suivantes : Jeanne Chauvel nous présentera un état du contexte politique parisien du début du XXIème siècle et de ses répercussions sur la CIGP ; l’intervention d’Alessandro Panzeri mettra en évidence la superposition qui se met en place lors de la CIGP entre les paradigmes du développement durable et les lieux symboliques afin de rendre visible la structure de la métropole du futur ; Guillaume Duranel nous dressera un tableau de la collaboration entre les milieux de la recherche scientifique et de la pratique professionnelle par le prisme des « conventions » établies par les deux parties au sein de la CIGP ; enfin, l’intervention de David Malaud mettra l’accent sur la tension entre une planification rigoureuse et l’expérimentation d’une nouvelle manière de planifier par la « mise en jeu », sa généalogie dans l’histoire de la pensée architecturale et son exemplification pendant la CIGP dans la proposition de l’équipe AUC dirigée par Djamel Klouche.

Si ces interventions ne résument pas l’ensemble des questionnements évoqués par l’étude de la CIGP, elles nous permettent néanmoins d’établir des points de contact, des transversalités et des permanences parmi un groupe de chercheurs qui travaillent sur un même corpus.