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© Inventer le Grand Paris

Pour un plus beau grand Paris. Les liens entre urbanisme, esthétique et morale dans les écrits de Jean Giraudoux

by Valérie Foucher-Dufoix

Valérie Foucher-Dufoix est Maitre de conférences en sciences humaines et sociales à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture Paris-Belleville et Chercheure au laboratoire IPRAUS-UMR. Elle a soutenu une thèse sous la direction de Marc Lazar : Le nom de l’ennemi. Bourgeois et bourgeoisie chez les écrivains et intellectuels dans l’entre-deux-guerres (2004, Sciences-po Paris). Quelques publications : « Pour un personnalisme urbain ? La ville et l’architecture dans Esprit et Ordre Nouveau », Cahiers Thématiques n°14, 2015 ; « Le nom sans la chose. Enjeux toponymiques autour des 4000 à La Courneuve », Histoire urbaine, n°56, 3/2019 ; « Modèle ou repoussoir. La ville américaine en débat(s) dans l’entre-deux-guerres » (avec Stéphane Dufoix), Histoire Urbaine, n°48, avril 2017 ; « Patrimonialisation et dépatrimonialisation. Les cités-jardins du Plessis-Robinson » (avec Vanessa Fernandez), in Barrère Céline, Busquet Grégory, Diaconu Adriana, Girard Muriel, Iosa Ioana, dir., Mémoires et patrimoine. Des revendications aux conflits, Paris, L’Harmattan, 2017, pp. 159-176.


Français

Jean Giraudoux a produit de nombreux essais, conférences et articles sur ses représentations de Paris et de sa banlieue mais aussi sur sa vision d’un Paris futur. Le principal intérêt de ce corpus ne réside pas tant dans l’originalité des propos tenus qui sont largement partagés, ni dans leur importance quantitative un peu trompeuse, que dans le déploiement d’une pensée totale sur l’urbanisme et l’architecture. Dans ces écrits, il évoque notamment la notion de « droit urbain », qui serait le droit de tous à une bonne ville, à une ville saine, commode et esthétique. Ce rapport direct entre esthétique, confort de la ville et épanouissement des qualités morales et intellectuelles de ses habitants est au cœur de ses discours. Les questions architecturales et urbaines relèvent bien à la fois du domaine de la morale, de l’esthétique et de la responsabilité politique. Mais il ne s’attache pas seulement à décrire Paris et le Grand Paris, il pose un diagnostic, désigne des responsables et propose des «remèdes ».


Introduction

L’entre-deux-guerres est une période de forte ébullition dans l’actualité politique, économique et sociale, qui anime les débats intellectuels dans une imbrication forte entre enjeux littéraires et enjeux politiques. Dans ce contexte, des écrivains-intellectuels montrent un intérêt certain pour les questions urbaines. Ni techniciens, ni spécialistes de la ville ou des sciences sociales, ils bénéficient d’une formation classique qui leur donnent à penser pouvoir intervenir sur de multiples sujets. Les pétitions, les journaux et revues fournissent des caisses de résonance à leurs discours et à leurs prises de positions.

Cette période se caractérise aussi par une forte évolution du paysage urbain et donc de l’expérience urbaine, du vécu citadin. La ville, ou plus exactement le fait urbain, devient une question importante dans les réflexions intellectuelles. Elles peuvent s’inscrire dans une tradition de « fascination » – c’est une grande époque pour les portraits de villes – mais aussi dans une tradition critique, très hétérogène, aussi bien dans ses objectifs que dans ses dénonciations. Mais ces dernières convergent toutes pour déplorer la dégradation de la ville, dans un contexte plus large marqué par un sentiment fort et partagé de vivre une crise de civilisation, une perte des repères et une déchéance politique, sociale, culturelle.

Il ne faudrait pas être trop influencé par ce que l’on recherche. Beaucoup d’intellectuels abordent la question de la ville sans en faire forcément un objet d’étude. La ville peut être perçue comme un signe, un symptôme, voire un lieu de menace et d’aliénation, sans entrainer la production d’une analyse de la ville souhaitée et désirable, et encore moins des propositions de réformes. C’est en cela que les discours et écrits de Jean Giraudoux se démarquent. Dans son œuvre, il décrit Paris et le Grand Paris, désigne les responsables du chaos et propose des moyens et remèdes pour imposer ses solutions. Mais ses discours ne sont pas sans ambiguïtés, et dans leurs formes et dans leurs contenus, mêlant à la fois registres messianiques, prophétiques, propositions concrètes et pragmatiques.

L’objectif de mon intervention est d’abord de rappeler le rôle de cet intellectuel majeur dans les débats sur la ville, rappel facilité par les nombreux écrits sur Jean Giraudoux[1]  – et, pour le thème qui nous intéresse, par un numéro des Cahiers Jean Giraudoux consacré à ses écrits sur la ville qui fait suite à un recueil plus ancien – Pour une politique urbaine, publié en 1947 avec une préface de Raoul Dautry[2].

Le second objectif est de rappeler la richesse d’un contexte – un peu difficile à imaginer aujourd’hui – marqué par des échanges étroits entre milieux scientifique et technocratique, milieu intellectuel et milieu politique.

Enfin je me suis emparée de la question posée par les organisateurs du séminaire : Quelle esthétique urbaine pour le Grand Paris ? Le terme est présent dans ses écrits mais qu’entend-il vraiment par ce terme ? Quels sont ces synonymes/antonymes ? Quels types d’espaces sont ainsi désignés ? Quel rôle joue l’esthétique dans la pensée urbaine de Giraudoux ?[3]

 

Jean Giraudoux, intellectuel

Jean Giraudoux est un intellectuel assez atypique, et ce pour plusieurs raisons. Il fait partie de ces « écrivains diplomates » à l’instar de Paul Valéry, Paul Claudel ou de Paul Morand, un de ses meilleurs amis, et qui ont d’ailleurs tous les trois écrit sur la ville et sur des villes. Il est normalien de formation, germaniste, et mène de front une carrière littéraire et diplomatique. De par ses activités et ses réseaux, ses connaissances et ses amis, il relève donc à la fois du monde littéraire, du monde intellectuel, et du monde politique, technocratique, administratif. C’est ainsi qu’à côté de son œuvre littéraire, il produit, de la fin des années 1920 jusqu’à sa mort en 1944, de nombreux essais, articles, conférences, sur des sujets aussi variés que le sport, l’information, la démographie mais aussi l’urbanisme et l’architecture. Il incarne pleinement cette figure d’intellectuel qui affirme un droit et une légitimité à intervenir dans le débat public, posture à mettre en parallèle avec le rôle essentiel qu’il accorde à l’écrivain : un rôle messianique[4], prophétique, défenseur de l’intérêt général car capable de prendre de la hauteur et de la distance, et donc de chausser comme il l’écrit « les lunettes à vérité ».

Il est également atypique car il n’écrit pas que sur la ville mais il pense la ville, les figures de la ville. Il publie ainsi une série d’articles dans lesquels est décrit Paris et sa banlieue, et nous donne sa vision d’un Paris futur. Assez inclassable sur l’échiquier politique, il publie aussi bien dans Marianne, hebdomadaire de gauche, que dans Le Figaro plus conservateur, ou dans La Dépêche, journal radical et anticlérical. Il écrit aussi pour la revue professionnelle L’Architecture ou dans L’Excelsior. Il garde toute sa vie ce désir de ne pas être assigné à un parti, de ne pas être enfermé par une étiquette.

A travers ses interventions, il vise des publics variés afin de rallier une majorité à ses combats : un public éclairé et parisien dans le cadre de conférences et un public plus large, conservateur ou radical, à travers la presse nationale. Se dessine ici un des objectifs de Jean Giraudoux : s’adresser à tous, la ville étant l’affaire de tous, à un moment ou l’aménagement de la région parisienne et la préservation des monuments sont débattues et où le parlement et l’Etat paraissent vouloir reprendre les choses en mains.

Dans ses articles il dénonce la situation urbanistique de Paris et de son agglomération. Pour résumer, il écrit en 1933 que « Paris est la capitale la moins respectée, la dernière capitale du monde »[5].

Mais ce n’est pas la preuve chez Jean Giraudoux d’une urbanophobie, sentiment présent et partagé dans le champ intellectuel, de la droite réactionnaire jusqu’aux humanistes, catholiques, aux non-conformistes, et qui s’exprime à travers une multitude de positions : vision de la ville comme symbole du déracinement, lieu de menace et de perdition de l’individu, ou volonté de défense d’une ruralité et d’une France des villages, refus de l’américanisation, de la technique, de l’argent etc. Au contraire, Giraudoux fait preuve d’un véritable amour pour Paris mais il partage avec les urbanophobes une inquiétude sur sa croissance et ses dérives. Ce chaos serait surtout révélateur d’un fait plus grave encore : la déchéance de l’Etat et de la Nation française. Ses réflexions sont triplement alimentées par l’idée d’un âge d’or parisien perdu à la fin du 19e siècle (néanmoins peu explicité dans ses écrits) ; par ses nombreuses observations de Paris et sa banlieue ; par ses comparaisons avec les grandes villes qu’il fréquente, notamment la ville de Berlin.

 

Esthétisme et Grand Paris… ou les preuves d’une déchéance

En ce qui concerne la notion d’esthétique, ce terme est utilisé par Jean Giraudoux, comme nom ou comme adjectif, dans son sens le plus courant, c’est à dire pour désigner ce qui est beau, ce qui est harmonieux. Il n’en donne pas davantage de définition, pas plus qu’il ne fait référence aux philosophes allemands, Kant ou Hegel, par exemple. Il semble que ce terme n’ait pas besoin d’être explicité : ce qui est esthétique ou pas, l’esthétique d’une ville, relèverait d’un savoir commun, d’une évidence pour une élite lettrée, « les hommes de goût et d’éducation ». A l’inverse, il est plus prolixe sur les antonymes : laid, ignoble, affreux, épouvantable, moche etc. qui s’inscrivent dans un discours de dénonciation.

Le premier espace désigné de la sorte est un espace générique, celui de la banlieue, « le plus terrible des vocabulaires de laideur et de deuil »[6]. Il nous en livre un portrait univoque : « la banlieue sert le cœur. Impossible d’atteindre ou de quitter la cité dite du luxe sans traverser une épouvantable zone de misère, la cité des arts, sans que tout ce qu’une municipalité irresponsable peut amasser en mauvais goût, en petitesse de conception et en bassesse d’exécution, n’accable vos yeux pendant des lieues. »[7]

Le registre médical est particulièrement convoqué – question de mode, question d’efficacité littéraire mais aussi symbole du lien entre urbanisme, santé et morale : ces lieux constituent « des accès de lèpre, des goitres sur la périphérie »[8]. La banlieue parisienne est un espace couvert de « villes hideuses », de « quartiers informes », un « chapelet de villes sordides » où s’accumulent les déchets de Paris[9]. Il dénonce comme autant de « verrues », la pierre meulière, la tuile artificielle, le panneau de publicité et le mur de clôture, et surtout les lotissements généralement « ignobles » : « la construction d’une cité neuve, cette naissance d’une nouvelle race, de nouvelles mœurs, d’un nouvel âge, s’appelle en France de ce nom affreux qui évoque l’assassinat et le partage des dépouilles : le lotissement »[10].

Le Paris historique, lui, incarne le beau, l’esthétique, le Paris qu’il faut conserver et protéger mais qui s’avère en danger. Paris est menacé par les démolitions, dans un contexte dénoncé comme plus destructeur que la Commune, où l’on ferait peu de cas des monuments et du patrimoine parisien : on détruit « les témoins les plus sacrés de la civilisation et de l’esprit parisien »[11]. C’est « un carnage », « une ignorance », « un mépris du passé »[12], « un vandalisme gratuit »[13]. Paris est menacé par les embouteillages, la congestion, la pollution, par une Seine qui se macadamise et se transforme en égout. Paris est aussi menacé par de grands évènements comme l’Exposition Universelle de 1937. Paris devient « un Paris déguisé, une ville travestie et aussi défigurée qu’une station balnéaire. » Paris est menacé enfin par des aménagements ratés, comme celui de l’aménagement de la place Saint Sulpice, des abandons de projets d’aménagement, comme celui du déplacement des Halles, et surtout l’échec de l’aménagement de la zone et des fortifications. Paris souffre de ses manques : manque d’espaces verts, de parcs de jardins ou de la disparition de ceux qui existent… Et ce chaos peut se constater à toutes les échelles : à l’échelle du monument et de la manière dont on les traite ; à l’échelle de Paris, perpétuellement en chantier ; à l’échelle bien plus vaste de la région parisienne. Mais c’est plus largement la France urbaine qui est à la dérive. Aucun mot, aucune image, ne sont assez durs pour décrire l’état de cette France, résumé en une phrase mainte fois répétée : la France est « un pays mal tenu, le plus mal tenu du monde »[14], « qui s’enlaidit, qui s’encrasse, qui est chaque jour plus défiguré »[15].

Les liens entre esthétique, morale et politique sont clairement affirmés dans la pensée de Giraudoux. L’état de l’urbanisme et de l’architecture – et l’incapacité de l’Etat à y remédier –  devient tout à la fois la fois signe, révélateur et conséquence d’un constat plus grave encore : la décadence, voir la dégénérescence de la nation française. Le déclin de Paris rejoint ainsi le déclin de la Nation. Il dénonce une « décadence publique », une « déchéance urbaine » car « la seule leçon effective et permanente qu’un grand régime puisse donner journellement à ses citoyens, la leçon architecturale, est devenue dans notre République une leçon de désordre, de laideur et d’immoralité. »[16]

La responsabilité de cet état de fait est largement partagée, des conseillers et députés de Paris, aux élites politiques françaises évoluant dans un régime dévoyé, jusqu’au dernier niveau d’accusation désignant non plus une catégorie d’individus mais un état d’esprit caractérisé par un terme qui le synthétise : « bourgeois ».

 

Urbanisme, esthétique et morale… ou l’expression d’une pensée urbaine totale…

Ses propos ne s’avèrent pas novateurs pour l’époque mais il est intéressant dans le cadre de ce séminaire de s’arrêter sur l’existence de ce rapport direct établi entre esthétique, confort de la ville et épanouissement des qualités morales et intellectuelles de ses habitants. Ce rapport le pousse à développer une pensée urbaine totale et le conduit à voir en l’urbanisme un outil, un moyen de sortir de cette déchéance, de cette dégénérescence.

Les liens entre urbanisme, esthétique et morale sont perceptibles à travers ses descriptions de Paris mais aussi sont clairement exprimés dans sa définition de l’urbanisme, présenté comme « un ensemble de règles esthétiques et morales, un catéchisme humain qui désigne moins un ensemble de devoirs qu’un ensemble de droits, le droit à la vie moderne, à l’imagination moderne, bref le droit à ce que l’âge du monde ne vous gène à aucune entournure de votre corps et de votre pensée. »[17] Il est donc fondamental car il est à la base de l’urbanité et s’avère le meilleur garant des « droits urbains », le droit de tous aux aménités offertes par une ville belle, saine et confortable, qui permettent aux citoyens de s’épanouir, qui garantissent la santé physique, morale et politique du citoyen-habitant, et qui fonde « l’égalité en ce qui concerne l’hygiène, l’esthétique et le bien-être ». Il ajoute : « chaque citoyen, quelle que soit sa classe, a droit à la même santé, aux mêmes jeux, aux mêmes facilités de ses allées et venues, chaque quartier doit lui fournir les mêmes éléments d’agréments, d’éducation et de beauté que les quartiers dits autrefois de luxe. Pour tout résumer en une expression d’éducateur ou de nourrice : la Cité doit être bien tenue »[18]. L’égalité même résiderait donc dans le respect des droits de chaque individu à ces aménités urbaines.

L’urbanisme remplit aussi une fonction d’éducation : « dans une civilisation où la politesse n’est plus innée ni enseignée, le seul éducateur reste la courtoisie des belles places, l’aménité des routes, le bon ton des monuments, et la vie dans l’agglomération urbaine doit elle-même faire naître chez ses habitants ce respect d’autrui et de soi-même, qui s’appelle d’ailleurs à juste titre l’urbanité et qui nous place au niveau de notre propre technique. Tout citoyen doit vivre journellement au milieu d’édifices, de voies, de spectacles urbains, qui seront par sa morale et son imagination ce tremplin qu’est pour le parisien notre avenue de l’Arc de triomphe. »[19]

C’est donc au cœur de ce rapport entre esthétique, morale et politique que se trouve la solution pour redresser Paris, les Français et la nation…et l’urbanisme et l’architecture s’avèrent dans ce domaine de puissants leviers d’actions. Concrètement, notamment dans Pleins pouvoirs, publié en 1939, Jean Giraudoux propose un certain nombre de solutions pour « rendre sa vérité à Paris ».

Il faut selon lui s’occuper du Paris historique, de la ville ancienne, la « ville achevée »[20], celle des monuments. Il plaide pour une protection des monuments du passé, « autant de signes d’information, de vérité et d’exaltation ». Mais il veut aussi se porter au chevet du Paris nouveau, ce Paris où il reste encore de la place, ces « zones sans histoire »[21], des « espaces facilement libérables » où l’urbanisme et l’architecture contemporaine pourraient se développer. Et ce point de vue-là est assez singulier dans le milieu intellectuel français de l’époque. Giraudoux manie avec facilité ces deux échelles et ces deux directions : celle de la défense d’un patrimoine historique – terme rarement utilisé – et celle du développement d’une architecture contemporaine bien pensée[22].

Jean Giraudoux cherche les moyens de diffuser au mieux ses idées à travers ses publications, mais aussi à travers la création de Ligues : la Ligue urbaine (1928) dont le Manifeste paraît dans Le temps sous le titre « Pour la défense de la beauté et de la salubrité de Paris »[23] –  puis la Ligue urbaine et rurale pour l’aménagement du cadre de la vie française (1943)[24]. Ces ligues sont pensées à la fois comme des laboratoires d’idées, des instruments de pression et de pédagogie vis-à-vis des élus et de l’opinion même si, dans les faits, la première ligue n’a pas véritablement débouchée sur une action concrète et que la seconde s’est véritablement constituée après la mort de Jean Giraudoux.

Il œuvre aussi activement dans les milieux politiques sur la nécessité d’un pouvoir fort pour promouvoir une vraie politique de l’urbanisme, à travers une centralisation et une reconnaissance du rôle prépondérant de l’Etat pour mieux défendre et garantir l’intérêt général. Il expose ses convictions à Pierre Laval, au Maréchal Pétain, à Jean Jardin avec parfois l’aide de Le Corbusier, dont il préface la Charte d’Athènes en 1943. Il réclame un chef, une autorité, une « dictature de l’urbanisme »[25], l’intérêt général ne pouvant être défendu que par une dictature d’experts et de techniciens, au-dessus des conflits partisans et électoralistes. Ses positions vis-à-vis de Vichy s’avèrent controversées et donnent lieu à de vifs débats depuis sa mort et jusqu’à aujourd’hui[26].

En conclusion, l’originalité des écrits et positions de Jean Giraudoux ne résident pas dans ses dénonciations parfois allégoriques de la déchéance de Paris et de sa banlieue ni dans l’importance quantitative de ces discours qui se répètent souvent, ni même dans ce lien entre esthétique, morale et politique.

Son originalité est surtout de placer la ville au cœur de sa réflexion et de percevoir l’urbanisme et l’architecture comme une des solutions au déclin national. Par ailleurs cette posture double, à la fois protectrice vis-à-vis du Paris historique – un « paysage cher à la mémoire du parisien », « des lieux sacrés de notre histoire », un « héritage du passé » etc. – et ouverte à la construction d’un Paris nouveau et contemporain, fait sa singularité dans le paysage intellectuel français de l’époque.

Figure 1 :

Berlin, 1932.

Figure 2 :

Cahiers Jean Giraudoux, 1993.

Figure 3 :

Exposition internationale des arts et techniques, Paris, 1937.

Figure 4 :

La Charte d’Athènes, Plon, 1943.

Figure 5 :

Pour une politique urbaine, 1947. (Fig. 1)

Figure 6 :

Pour une politique urbaine, 1947. (Fig. 2)

Figure 7 :

Pour une politique urbaine, 1947. (Fig. 3)