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Atelier international – Les plans dans leur épaisseur

par IGP

Français

Pour éclairer la démarche du projet de recherche IGP et l’élaboration en cours d’un atlas virtuel des plans du Grand Paris, cet atelier propose de se pencher sur trois questions. Une première porte sur l’existence du plan. Une deuxième porte sur le plan comme document. Une troisième question porte sur la temporalité du plan.


 

Les plans dans leur épaisseur

Atelier international

Jeudi 21 juin 2018 : 10h-17h
Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville
Salle 12 (2e étage)

 

Argumentaire

A travers le cycle de colloques organisés de 2013 à 2016 et publiés depuis sur le site internet www.inventerlegrandparis.fr, le programme Inventer le Grand Paris est revenu sur les moments cristallisés par les plans d’aménagement du XXème siècle pour interroger dans une perspective transdisciplinaire, la construction du Grand Paris comme concept métropolitain, comparée à d’autres métropoles, et mieux comprendre la permanence et les évolutions des dynamiques territoriales sur le long terme.

Faire une histoire de l’aménagement métropolitain suppose de revenir plus spécifiquement sur le plan comme objet et comme corpus. Dénommés « rapport », « plan », « schéma », les différents « plans » qui ont jalonné l’histoire du Grand Paris (Rapport Bonnier-Poëte, Plan Jaussely, Plan Prost, Padog, Sdaurp, Sdaurif) constituent des figures régulièrement convoquées dans cette histoire dont l’importance se mesure à la fréquence de leur citation, sans que l’on puisse juger de leur influence. Leur centralité dessine par ailleurs une « géographie » du plan, autour des événements qui l’ont motivé, des acteurs qui l’ont élaboré, des institutions qui l’ont porté, des politiques publiques qui ont été engagées, qu’il est important de décrire afin de mieux saisir les réseaux de relations qu’ils nouent.

Pour éclairer la démarche du projet de recherche IGP et l’élaboration en cours d’un atlas virtuel des plans du Grand Paris, cet atelier propose de se pencher sur trois questions. Une première question porte sur l’existence du plan. Dans quelles conditions apparaît la nécessité du plan ? Quelles questions, quelles collaborations suscitent son élaboration et sa mise en œuvre ? Quelles articulations noue-t-il avec les politiques publiques ? Une deuxième question porte sur le plan comme document. Instrument prospectif, programmatique ou opérationnel ; visuel ou textuel ; rapport, carte, mémoire ; lieu d’analyse interdisciplinaire et de synthèse d’actions ; source d’échanges internationaux et repère temporel : le plan apparaît dans la diversité de sa forme et la complexité de ses finalités, comme objet synthétique susceptible d’éclairer des moments de l’aménagement métropolitain. Comment saisir les contours d’un plan ? Et en quoi informent-ils des conditions d’aménagement métropolitaines? Comment circule-t-il et que permet-il de communiquer ? Une troisième question porte sur la temporalité du plan. Quel est son devenir, une fois approuvé ? Son efficacité doit-elle se mesurer à l’intensité de son élaboration, au succès de sa réception, ou à l’impact de sa mise en œuvre ? Quelle est la persistance du plan au regard d’une séquence longue de l’aménagement métropolitain ? Comment la notion même de plan est -elle amenée à se transformer suivant les moments de l’aménagement métropolitain ?

Deux sessions jalonnent cet atelier, la première sur la nécessité du plan au regard de l’action; la deuxième sur la matérialité de l’objet à lire et sa territorialisation. Les communications invitées reviendront sur différents moments, expériences situées (Paris, Lille et Nancy, Luxembourg et Rome), perspectives (transport, paysage, urbanisme).

 

Programme

 

9h30 – Accueil des participants

 

10h-10h30 – introduction scientifique
Frédéric Pousin (ENSAPB/IPRAUS) et Nathalie Roseau (ENPC/LATTS)

 

10h30-12h30 – Session 1 – Nécessité du plan

 

Angelo Bertoni, UMR TELEMMe (AMU, CNRS)
Le plan d’urbanisme au début des années 1900 : architectes, bourgeoisie locale et élite réformatrice à Luxembourg et Nancy.

Emmanuel Bellanger, CNRS, Université Paris I, CHS
Agir en banlieue sans planifier le Gand Paris : réseaux d’équipements et politiques intercommunales des années 1880 aux années 1930

 

12h30-14h30 – Déjeuner

 

14h30-17h – Session 2 – Réalités du plan

 

Arnaud Passalacqua, Université Paris Diderot, ICD/LIED
Rome et ses transports depuis 1871 : une impossible planification ?

Corinne Jaquand, École d’Architecture de Paris Belleville, IPRAUS-AUSser
Esquisse d’une archéologie du Plan Aménagement de la Région Parisienne 1928-1934-1937

Denis Delbaere, paysagiste et chercheur au LACT- ENSAP Lille.
(Re)faire l’histoire des plans par le paysage ? Lectures de la ville nouvelle de Lille Est

 

contact et organisation
Frédéric Pousin – frederic.pousin@wanadoo.fr
Nathalie Roseau – nathalie.roseau@enpc.fr

 

Résumé des interventions

 

Le plan d’urbanisme au début des années 1900 : architectes, bourgeoisie locale et élite réformatrice à Luxembourg et Nancy

Angelo Bertoni (UMR TELEMMe, AMU, CNRS)

L’étude des pratiques locales de certaines grandes villes aux frontières des pays francophones a mis en évidence l’apport des architectes et de leurs réseaux à l’affirmation de l’urbanisme de plan. Ces villes ont joué un rôle important sur la scène nationale et internationale comme laboratoires des plans d’embellissement, d’agrandissement et d’aménagement, mettant parfois en œuvre une fructueuse collaboration entre professionnels locaux et experts internationaux. Les cas de Luxembourg et de Nancy nous permettent de reconstituer les conditions qui ont rendu possible la conception, voire la réalisation, des premiers plans d’urbanisme, concrétisant l’alliance entre milieux professionnels, réformateurs et économiques locaux. Ces expériences représentent également l’occasion de faire le point sur les contenus d’une discipline alors en cours de constitution.

Agir en banlieue sans planifier le Gand Paris : réseaux d’équipements et politiques intercommunales des années 1880 aux années 1930

Emmanuel Bellanger (CNRS, Université Paris I, CHS XXe siècle)

Sous la IIIe République, parfois décrite sous les traits d’une « République des mairies », l’histoire de la planification du Grand Paris n’épouse pas celle de la constitution et de la densification des réseaux techniques suburbains. En banlieue, ceux-ci sont élaborés et étendues par de puissantes intercommunalités – celles du gaz, des pompes funèbres, des eaux, de l’électricité, des octrois, etc. – dont l’action publique précède puis s’affranchit des documents de planification de l’Extension de Paris.

La configuration partisane éclatée des territoires du Grand Paris, son organisation politique, administrative et technique qui interdit à la capitale de s’associer à des dynamiques intercommunales ou encore la prégnance du contentieux Paris banlieues et le rôle joué par les grandes compagnies éclairent la distorsion, les chevauchements et les disparités qui caractérisent la planification des politiques d’équipements dans l’agglomération parisienne. À la différence de la séquence des décennies 1950-1970, il n’y a pas encore de concordance des temps entre la planification du Grand Paris, devenu région, et celle des politiques intercommunales à l’origine de la formation de grands services publics à vocation métropolitaine.

 

Rome et ses transports depuis 1871 : une impossible planification ?

Arnaud Passalacqua (Université Paris Diderot, ICT/LIED)

Lorsqu’elle devient capitale de l’Italie en 1871, Rome n’est qu’une ville d’importance moyenne au vu de la dynamique d’industrialisation et d’expansion urbaine que connaît alors l’Europe occidentale. Dès lors, la ville a fait face à une très forte croissance de sa population comme de sa tâche urbaine pendant un siècle. Les réseaux de transport n’ont eu de cesse de tenter de rattraper ces développements, souvent peu canalisés par les documents de planification. L’intervention proposée étudiera les différents moments de l’évolution des transports romains en mettant en exergue les dynamiques qui sont venues interférer avec l’organisation planifiée des réseaux de transports collectifs (tramway, trolleybus, métro…). On s’interrogera notamment sur l’incapacité de cette ville à achever ses cycles d’équipement ou de rénovation, comme si le territoire romain présentait une capacité de résistance à toute forme de planification des réseaux de transport.

 

Esquisse d’une archéologie du Plan Aménagement de la Région Parisienne 1928-1934-1937

Corinne Jaquand (École d’Architecture de Paris Belleville, IPRAUS-AUSser)

Le PARP porte en lui une rupture épistémologique de même nature que d’autres plans métropolitains qui lui sont contemporains : il introduit une organisation territoriale à deux niveaux, qui subordonne l’échelle municipale à l’échelle régionale ; il superpose aux pratiques anciennes de règlements d’alignements et de gabarits, de nouvelles « servitudes » de zonage sous le primat des infrastructures et de l’hygiène industrielle.

Le PARP est un moment référentiel pour les historiens du Grand Paris qui l’ont considéré dans les biographies d’acteurs politiques et grands administrateurs (Beaudoui, Guillot, Guerrand & Moissinac) qui influencèrent les lois et décrets le concernant (1928, 1932, 1935, 1936) ou bien pour examiner le jeu entre l’État et les collectivités territoriales à partir du point de vue des communes et de la modernisation des réseaux par le département de la Seine (Bellanger, Coudroy de Lille & Fernandez Agueda). D’autres travaux ont esquissé sa fabrication à partir d’une histoire culturelle des infrastructures (Flonneau, Roseau) et de la morphologie urbaine (Hodebert).

N’ayant pas été édité, au contraire des plans pour New York (1925-29), de Moscou (1935) ou de Londres (1943), il assez méconnu dans ses composantes techniques (études préalables, atlas graphiques et programmes), ainsi que dans sa confrontation aux territoires concrets. Pour en apprécier la base théorique, c’est à dire les intentions originelles et les nombreux renoncements dont il est le produit, il est nécessaire de rassembler des écrits de l’époque d’auteurs et de nature diverses.

Cette présentation sur la période 1928-1937 propose d’esquisser « l’épaisseur » temporelle et territoriale du plan, sans entrer dans l’enquête publique des plans communaux (1935-39):

→ Sur l’expertise des services concernés (Bureau de l’Extension, Chemins de fer de l’État, agence Prost) et le pilotage du plan par le CSAORP, son évolution au travers des archives, (chronologie des études préalables et leur appareil cartographique lorsqu’il a été retrouvé),
→ Un survol de sa réception au travers des campagnes des « leaders d’opinion » et des associations en faveur de la planification de la RP, et sa présentation aux expositions de 1935 à l’Ecole des Arts décoratifs et à l’Exposition internationale des Arts et Techniques de 1937,
→ La « territorialisation » du plan d’aménagement au regard de quelques lieux de projets spécifiques qui ont été maintenus ou abandonnés.

 

(Re)faire l’histoire des plans par le paysage ? Lecture de la ville nouvelle de Lille Est

Denis Delbaere, paysagiste et chercheur au LACT- ENSAP Lille.

La communication portera sur une expérience de « lecture » d’un Plan d’aménagement dans sa dimension paysagère, dans le cadre du séminaire itinérant PlanPaysage qui, depuis 2015, revisite des territoires ayant fait l’objet d’une planification intensive.

La planification de la ville nouvelle de Lille Est (aujourd’hui Villeneuve d’Ascq), dont les étapes et les principes structurants seront rapidement décrits, a produit un espace urbain fortement marqué par les espaces ouverts et végétalisés. Mais cette composante massive se prête mal à l’investigation historique car elle se heurte à une faiblesse quantitative autant que qualitative des archives. Par ailleurs, la plupart des espaces végétalisés de Lille Est ne sont pas produits mais induits par le Plan. On se demandera alors quelles méthodes inventer pour aborder malgré tout ces objets historiques au risque de les sur interpréter. On questionnera ainsi ce qu’une herméneutique du paysage peut nous apprendre, en retour, sur l’efficacité effective des Plans ?