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Le projet de Jaussely et Nicod pour le concours du Grand-Berlin 1910

par Markus Tubbesing

ISO 690

Tubbesing Markus, « Le projet de Jaussely et Nicod pour le concours du Grand-Berlin 1910 », dans Inventer le Grand Paris. Relectures des travaux de la Commission d’extension de Paris. Rapport et concours 1911-1919. Actes du colloque des 5 et 6 décembre 2013, Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Paris, Bordeaux, éditions Biére, 2016. p. 286-311.

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Tubbesing, Markus. « Le projet de Jaussely et Nicod pour le concours du Grand-Berlin 1910 », Inventer le Grand Paris. Relectures des travaux de la Commission d’extension de Paris. Rapport et concours 1911-1919. Actes du colloque des 5 et 6 décembre 2013, Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Paris. Biére, 2016, pp. 286-311.

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Tubbesing, M. (2016). Le projet de Jaussely et Nicod pour le concours du Grand-Berlin 1910. Dans Inventer le Grand Paris. Relectures des travaux de la Commission d’extension de Paris. Rapport et concours 1911-1919. Actes du colloque des 5 et 6 décembre 2013, Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Paris (pp. 286-311). Bordeaux: Biére.


Au cours de la seconde moitié du xixe siècle, Berlin, jusqu’alors ville de résidence des rois de Prusse, se métamorphose en une métropole industrielle en constante expansion, passant d’une superficie d’à peine 13,5 km2 et d’une population de 410 000 habitants, à 2 000 km2 et quatre millions d’habitants. Les conditions d’habitat misérables des travailleurs, le développement chaotique des réseaux de transports, le manque d’espaces récréatifs, ainsi qu’une insatisfaction grandissante à l’égard de ce qui est ressenti comme un déficit en « beauté » de la capitale de l’Empire, avivent les critiques sur l’organisation urbaine. Depuis la loi prussienne sur les plans alignement de 1875, la compétence de planification est rétrocédée par les autorités de l’État de la province de Prusse aux 176 communes qui constituent alors l’agglomération berlinoise et, bien que soumise à un développement rapide, la métropole ne dispose pas d’instruments d’urbanisme opposables sur l’ensemble de son territoire.

Les circonstances du concours

Afin de contrer cette croissance anarchique par un urbanisme méthodique, trois membres de l’Association des Architectes berlinois (Vereinigung Berliner Architekten) proposent en 1905 de lancer un concours pour un « plan général d’urbanisme pour Berlin et ses banlieues » [1] . Cette association rassemble un groupe d’architectes libéraux qui ont quitté en 1879 l’Association des Architectes de Berlin (Architektenverein zu Berlin) parce qu’ils considérent les instances administratives compétentes en matière d’aménagement de l’État prussien comme un frein au développement esthétique de l’architecture et de la forme urbaine (Städtebau). En vue des préparatifs du concours, un comité pour le développement urbain du Grand Berlin est mis en place en 1906 sous la présidence de d’Otto March, lequel adhére bientôt à l’Association des architectes de Berlin. Par ce concours d’idées, le comité, dorénavant commun aux deux associations professionnelles, n’entend certes pas contrer le développement pragmatique de la ville ni les commandes partielles des communes et des lotisseurs (Terraingesellschaften) qui se concentrent le long des infrastructures de transport en commun financées, selon les cas, par l’État prussien, les communes ou les promoteurs privés. Le comité compte plutôt encourager l’adhésion volontaire des communes à un concept urbain d’ensemble et d’intérêt général [2] . Sa proposition rencontre un accueil favorable auprès des conseils municipaux (Magisrat) de Berlin et des sept communes périphériques, Charlottenburg, Schöneberg, Rixdorf, Wilmersdorf, Lichtenberg, Spandau et Potsdam, ainsi qu’auprès des cantons ruraux (Landkreisen) de Teltow et de Niederbarnim, si bien que, dès septembre 1907, le travail préparatoire au concours peut commencer.

Lancé officiellement le 15 octobre 1908, pour un rendu fixé le 15 décembre 1909, le concours enregistre 27 entrées [3] . Le jury se prononce le 19 mars 1910 : l’architecte berlinois Hermann Jansen reçoit la moitié des premier et deuxième prix, avec son projet « Dans la limite du possible ». L’autre groupe lauréat ex æquo se compose de l’ingénieur en génie civil Joseph Brix, de l’architecte Felix Genzmer et de six experts de la société du métropolitain, la Hochbahngesellschaft, avec comme titre de projet, « Pense à l’avenir ». C’est aussi un groupe pluridisciplinaire rassemblant l’économiste Rudolf Ebertstadt, l’architecte Bruno Möhring et l’ingénieur en transport Richard Petersen qui obtient le troisième prix avec le projet « Et in terra pax ». Enfin le quatrième prix couronne le projet intitulé « Où il y a une volonté, il y a une voie », issu d’une autre collaboration d’experts réunissant cette fois l’architecte Bruno Schmitz, le spécialiste des transports Otto Blum qui se sont associés à la compagnie de travaux publics Havestadt Contag. Quatre autres concurrents sont distingués : l’ingénieur en transport Albert Sprickerhof avec « Interconnexion ferroviaire nord-sud », l’architecte Albert Gessner, « Qu’elle devienne le lieu de résidence le plus habitable du monde », l’architecte Fritz Kritzler sous le slogan « Plus d’unité, pour un plus grand sentiment d’appartenance (Heimat) », ainsi qu’une seconde fois d’Hermann Jansen pour une petite étude intitulée « Seulement 36 % d’espaces publics dont 12,14 hectares de parcs ».

Pour la discipline naissante de la planification urbaine, le concours de 1910 constitue un évènement d’intérêt international. D’après Walter Lehwess, il s’agit même d’un événement « inédit dans l’histoire de l’urbanisme » [4] . Avec l’objectif d’établir une synthèse des problématiques internationales en les fondant au niveau scientifique, tout en croisant les échelles de planification, du global aux terrains particuliers, le concours se distingue des expériences précédentes. Pour la première fois, on tente de comprendre la grande ville et ses environs dans leur globalité. Certains participants ont même réussi à effacer les distances entre architecture et planification, ce qui annonce une nouvelle manière d’aborder le projet urbain de façon intégrée.

Intitulée Urbs, la contribution soumise par Jaussely et Nicod fait partie des plus élaborées [5] . En comparaison de leurs concurrents, les deux Français ont poussé plus loin un zonage sur l’ensemble de la ville en organisant le futur Grand Berlin en cinq bandes concentriques. Dans cette optique, ils envisagent une série de boulevards périphériques et intégrent un système de transport remarquable. Leur projet suscite des discussions très sérieuses de la part du jury qui le retient au premier tour parmi les propositions susceptibles d’obtenir un prix [6] . Avec les contributions de l’Autrichien Siegfried Sitte, du paysagiste hollandais Hartogh Heys van Zouteveen, de l’architecte suisse Hans Bernouilli, cette quatrième venant de l’étranger confirme le désir d’internationaliser le concours [7] . Avec le recul, le projet de Jaussely et Nicod constitue une source appréciable pour estimer l’